
Nous sommes mardi soir et la pluie frappe le sol dans un fracas à faire crier le tonnerre. Au bout d'un petit sentier sinueux qui traverse forêts et montagnes se trouve une vieille auberge de bois pourris couverte de champignons et de vieilles feuilles des automnes précédents. En y entrant, on découvre cette grande salle commune où l'eau coule abondamment du toit. Il y règne une ambiance lourde et silencieuse qui n'a d'égal que la morosité des lieux. Malgré que toutes les tables soient occupées, bien peu des occupants n'osent parler, se contentant d'afficher leur plus triste regard de chien battu.
Malgré tout, ici, on garde espoir. Car au loin, on espère encore le grand sorcier, cet être merveilleux qui ramène à la vie les morts.
Lorsque j'y suis entré, j'y ai reconnu un vieil ami: le virus du Nil. Ce dernier était assis au fond de la pièce avec les caricatures de Mahommet et l'apocalypse de l'an 2000. Silencieux, ils étaient en train de feuilleter de vieux journaux où on les exhibait à la une. Maintenant relégués à la chronique nécrologique ou simplement oubliés, ils sont venus ici dans l'espoir de refaire surface un jour ou l'autre.
Sur la pointe des pieds, j'avance à travers ces épaves que sont le conflit en Tchétchénie, les besoins alimentaires des pauvres en dehors de la période de noël, les revendications des autochtones de Caledonia, la grippe aviaire, les anciens candidats de Loft Story et les milliers d'autres qui peuplent l'endroit.
Sans dire un mot, je les observe eux qui, jadis de grandes vedettes, ne sont plus aujourd'hui que poussière historique. Emprisonnés dans l'Almanach du peuple, on se souvient d'eux que pour impressionner la visite... « Ah ouais, c'est vrai, j'avais oublié cette histoire du petit Elian González, victime des relations cubano-étatsuniennes. »
Il y a bien eu quelques rescapés ici et là, mais règle générale, ils retombent tôt ou tard au fond du baril et finissent par être oubliés définitivement. Prenez la grippe aviaire par exemple: maintenu artificiellement en vie, on exhibe son bilan de santé une fois de temps en temps, question de conserver le peu d'espoir qu'elle suscite. Mais tôt ou tard, l'ancêtre fera place à un plus jeune et plus séduisant qui viendra lui voler son piédestal.
Malgré tout, ici, on garde espoir. Car au loin, on espère encore le grand sorcier, cet être merveilleux qui ramène à la vie les morts. D'ailleurs, entre les branches, on dit qu'il viendra ce soir. Si certains l'appellent Délivrance, d'autres l'appellent le Dieu Kitch, celui qui fait tourner la roue des modes cycliques...
Ne me reste plus qu'à l'attendre. Attendre cette chance de refaire surface. D'ici là, je noierai ma peine au fond d'un verre, accompagné des promesses électorales des dernières élections.