C'est vers la fin du XVIIIe siècle que viennent s'établir les premiers colons dans cette région encore vierge où l'on retrouve la trace de l'homme blanc que dans un poste de traite situé aux Grandes-Fourches, première appellation de la ville de Sherbrooke. Le reste de la région, plus d'un million et demi d'hectares, est occupée par les Abénaquis de la grande famille algonquine qui ont été refoulés des États de la Nouvelle-Angleterre, à la fin du XVIIe siècle.
Mais avec l'indépendance des États-Unis, tout ceci va changer. De nouveaux sujets de Sa Majesté viennent d'être chassés du pays et il s'y trouve au nord un territoire britannique prêt à les accueillir. À pied de frontière et loin des Canadiens Français peuplant les rives du St-Laurent, on retrouve un territoire encore vierge: c'est là qu'iront s'établir les Anglais. Une fois le territoire divisé en 93 «cantons» par le gouvernement impérial, on officialise le tout en en désignant chacune de ces sections d'un nom emprunté à la carte d'Angleterre. C'est ainsi qu'en 1791, les Eastern-Townships (en opposition des Western-Township situés en Ontario) virent le jour.
Les terres étaient offertes gratuitement sur base d'un serment d'allégeance à la Couronne britannique, ce qui attira bon nombre d'États-Uniens et de citoyens aux mœurs douteuses dans la région, et ce, près d'une quarantaine d'années après l'indépendance. D'où la raison, pour certains historiens d'être prudents à l'idée de catégoriser ces gens de loyalistes (Anglais ayant fui les États-Unis à la suite de la défaite de l'Angleterre).
De plus, compte tenu de la lenteur administrative, bon nombre d'agriculteurs décident carrément de squatter les terres. Quelques villages ont ainsi été fondés dans l'illégalité. C'est d'ailleurs dans la région de St-Armand qu'est référencé (du moins, c'est ce qu'on croit) le seul endroit connu au Québec où il y aurait eu des esclaves noirs. On y retrouve même sur un terrain privé près de chemin Duke un cimetière où seraient enterrés ces hommes et ces femmes qu'on classait dans la colonne des possessions au même titre que le bétail et les bâtiments. L'endroit s'appelle Niger's rock et est interdit au public.
Plusieurs années plus tard, c'est le surpeuplement des seigneuries riveraines du fleuve Saint-Laurent qui amènera les Canadiens Français à s'expatrier dans les cantons encore vierges de la région. Un grand nombre d'entre eux s'exileront même jusqu'aux États-Unis afin d'y trouver un travail.
Bref, l'Estrie (le terme Estrie vient de Monseigneur Maurice O'Bready qui, en 1946, propose son utilisation, plus facile à intégrer à la langue française par l'adjectif estrien) est aujourd'hui un vaste territoire où les paysages, l'architecture et ses villages y jouent les modèles pour jeunes photographes.
Cette session de photo vous propose dans un premier temps quelques photos d'automne prises en octobre 2009 dans les petits villages de St-Armand et de Frelishburg situés tous deux à pied de frontière état-uniennes. Ce petit matin avait sonné le glas pour tous les photographes amateurs. L'heure est aux couleurs automnales, pouvait-on lire dans le ciel. Les uns avaient dépoussiéré leurs vieilles lentilles du dimanche et les autres avaient décidé d'aller faire des tours de machine, question de zyeuter du paysage. Le constat était donc frappant: impossible d'approcher le moindre attrait touristique (pont couvert, petit village loyaliste de Standbridge East, vieille pompe à essence datant des années 40) sans y être envahis par de troupeaux de photographes. Vous remarquerez d'ailleurs ici avec quelle aisance j'arrive à m'extirper de du groupe en jouant le « moi, c'est pas pareil », mais bon, j'avais quand même un site web qui criait famille, hurlant au premier visiteur que je devais l'alimenter en contenus...
Bref, ce fut l'occasion pour visiter l'arrière-pays à grands coups de kilomètres dans ces petits rangs rarement visités. Au détour d'une vallée à St-Armand jusqu'au vieux moulin sur les berges de la rivière aux Brochets dans le petit village de Frelishburg, je vous présente ma petite récolte numérique de cette petite escapade au royaume des champs de maïs et des routes qui donnent l'illusion de déboucher sur le bout du monde...
Vous y retrouvez également une ballade au mont Mégantic où est situé l'observatoire nommé du mont qu'il occupe. Quatrième plus gros télescope canadien, il est également le plus important de l'est de l'Amérique du Nord. Inauguré en 1978, il abrite un télescope de type Ritchey-Chrétien dont le miroir primaire fait 1,6 mètres de diamètre. Il est situé dans un parc national du Québec (SEPAQ) et on y a créé en 2007 une réserve de ciel étoilé (région où est réduite au maximum la pollution lumineuse). 4e plus grande réserve au monde (5845 hectares) après celles de Cypress Hills (39 600 hectares - Canada), Elk Island (1920 hectares - Canada), Zselic (plus de 9000 hectares - Hongrie), le site est parfait pour y admirer les pluies d'étoiles filantes. Apportez-vous quand même une petite laine, parce que c'est plutôt frais au sommet.
De son côté, Sutton est surtout connu pour la station de ski du mont Sutton. Néanmoins, on y retrouve également un bon nombre de sentiers pédestres au cœur des Appalaches comme ceux proposés par le site du Diable vert où nous avons croisé cette statue de bois donnant l'impression de se retrouver dans de lointaines contrés peuplées de cannibales ou je ne sais quoi...
D'autres photos viendront s'ajouter sous peu étant donné que nous habitons tout près que certains pourraient y voir une certaine paresse de ma part d'y avoir fait une si maigre récolte.